Pour être respectés, les recruteurs doivent devenir respectables - Épisode 6 by Nicolas Galita de L'École du Recrutement
Cet automne, Jean-Michel Talent fait sa rentrée des classes sur les bancs de L'École du Recrutement. Pour cette sixième série, 7 expertes et experts cassent toutes les idées préconçues sur le recrutement : les annonces, les outils RH, l'essence même du recrutement, tout est passé à la loupe !
Dans l'épisode d'aujourd'hui, on a UN objectif précis en tête : donner toutes les clés aux recruteurs pour regagner la confiance des managers et par la même occasion redorer le blason du métier de recruteur.
Allez, on se lance ?
Pour être respectés, les recruteurs doivent devenir respectables.
Je ne sais pas combien de fois j’ai entendu des recruteurs et des recruteuses me raconter que les managers ne leur faisaient pas confiance. Voire, pire encore, que les managers ne les respectaient pas.
Pendant des années, j’ai formé uniquement des recruteurs et des recruteuses. Alors je n’avais que leur version de l’histoire. Puis, il y a trois ans, nous avons commencé à former des managers.
À ma grande surprise, ça s’est passé exactement à l’inverse de ce que les recruteurs me disaient.
On m’avait dit : attends-toi à des salles difficiles à gérer. Au final, de mon expérience, les managers sont un public très facile à former au recrutement.
Mieux encore : ils sont beaucoup plus faciles à former que les recruteurs.
Car quand on explique à un manager la méthode scientifique pour faire des entretiens, une fois passée la surprise d’en avoir jamais entendu parler, il ou elle est généralement très enthousiaste.
Pourquoi ?
Parce que dans son propre métier, il ou elle utilise des méthodes, c'est donc un réflexe qu'il possède déjà et pourtant...
Le recrutement est un des rares endroits de l’entreprise où on trouve encore normal de travailler à l’intuition et c'est aussi une des raisons pour laquelle les managers ne font pas confiance aux recruteurs, enfin plutôt...
Ils ne font pas confiance à notre intuition
C’est ça, la nuance.
On dit que les managers ne nous font pas confiance, mais en même temps, pourquoi le feraient-ils ? Si on prend des décisions au feeling, à l’intuition, comment peut-on convaincre une autre personne ?
Feeling contre feeling
Même si on admettait que les entretiens à l’intuition fonctionnent, comment ensuite convaincre quelqu’un ?
Par définition, l’intuition ne s’explique pas. Donc, nous ne pouvons pas argumenter, on ne peut que demander une confiance aveugle.
Tout dépend alors de notre charisme personnel. Soit on en a beaucoup, et le manager nous suit, soit on en a moins, et il se demande (avec raison) pourquoi il se fierait à nous.
Nous n’avons pas de feedback pour nous améliorer
Accessoirement, le recrutement est une des disciplines les plus compliquées à apprendre par la pratique seule. Pourquoi ?
Parce que vous savez rarement si vous avez bien recruté.
En effet, vous recrutez pour un·e manager et donc vous ne travaillez pas ensuite avec la personne recrutée. Vous ne devez pas l’intégrer, observer les difficultés, etc.
Donc vous pouvez avoir l’impression de bien recruter alors que pas tant que ça, c’est juste que vous ne voyez jamais les conséquences quand vous recrutez mal.
C’est l’expérience qu’a vécue Marion Cosar quand elle était recruteuse en cabinet .
Les managers prennent le risque
Vous connaissez la métaphore de la poule et du cochon qui s’associent pour faire un restaurant où on sert des omelettes aux lardons ?
Les deux travaillent main dans la main.
Sauf que... ça ne demande pas le même niveau d’engagement pour la poule qui pond des œufs que pour le cochon...
Dans cette métaphore, nous sommes à la place de la poule et le manager à la place du cochon.
Il faut donc comprendre que, quand on demande leur confiance, il faut être particulièrement solide et empathique.
Chaque manager a été candidat·e à un moment
L’autre raison du manque de confiance, c’est que les managers ont vécu l’expérience de recrutement côté candidats.
Or, de manière générale, l’expérience candidat est mauvaise. Les managers ont donc vécu des expériences désastreuses quand ils étaient eux-mêmes candidats.
Ce n’est pas votre faute : vous n’êtes pas responsable des mauvaises pratiques des autres. Mais ça crée de la méfiance.
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Sans méthode, nous sommes des imposteurs
On parle beaucoup de syndrome de l’imposteur dans ce métier. Et il existe. Mais on oublie qu’il y a aussi de la vraie imposture.
Par exemple, quand je recrutais, je détestais faire passer des entretiens. J’adorais le sourcing, mais dès qu’on était en entretien, je me sentais mal.
Pourquoi ? Parce que j’avais l’impression de décider de l’avenir professionnel d’une personne sur la base de... rien. Un ressenti ?
Ça me gênait énormément parce que je savais que je ne me reposais sur rien. En d’autres termes, je n’avais pas le syndrome de l’imposteur, j’ÉTAIS un imposteur.
Comment changer de chemin sans se décourager ?
Si vous voulez passer à une pratique méthodique du recrutement, voici ce que vous pouvez faire :
Vous engager à vous cultiver sur les méthodes scientifiques. Que ce soit sur l’entretien, les annonces ou l’expérience candidat, on a des décennies de littérature scientifique sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. La science, c’est l’expérience des gens qui nous ont précédés.
Ne pas vous fixer un trop gros objectif. Pour vous donner un exemple, ça fait maintenant cinq ans que je pratique l’entretien structuré et il y a toujours des parties de la méthode que je ne fais pas. C’est normal, ça fait partie du processus. Ce qui compte, ce n’est pas de faire parfait, mais de se parfaire.
Apprendre à « marketer » votre travail auprès des managers. La bonne nouvelle, c’est que plus vous allez apprendre une méthode, plus ça va être facile de l’expliquer, d’en débattre, etc.
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Il n’y aura pas de miracle
Bien sûr, vous pouvez faire tout ça et quand même avoir des managers qui ne vous respectent pas. Ne serait-ce que parce que vous traversez des problématiques de sexisme. Je l’ai vu de mes yeux : certains managers vont se permettre des choses face à une recruteuse qu’ils n’oseraient pas face à un recruteur.
Vous allez également être victime des rapports de force généraux au sein de l’entreprise.
Si, au plus haut de la hiérarchie, la fonction recrutement n’est pas respectée, alors il y a peu de chances que les managers respectent votre métier.
Enfin, le syndrome de l’imposteur existe tout de même. Donc si c’est votre cas, le cheminement est personnel.
Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on peut travailler dessus.
Mais une chose est sûre : même s’il y a ces autres blocages, celui qui est le plus facilement en votre contrôle, c’est le fait d’avoir ou non une méthode.
Je peux vous assurer que si vous arrêtez d’improviser le recrutement, les managers vous feront davantage confiance.
Cet épisode vous a plu ? Ca tombe bien, il en reste encore un en stock ! Rendez-vous le 09 Janvier 2025 avec Aurélien Boutaudou pour le dernier épisode de la série "Les mauvais critères font les mauvais recrutements" .
En attendant, vous pouvez me retrouver sur LinkedIn.
Pour être respectés, les recruteurs doivent devenir respectables !
- Épisode 6
by Nicolas Galita, Formateur en sourcing et recrutement